Wu Wei, lorsque la Chine s’invite au Dublin Castle

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Nouvel an chinois oblige, nous nous devions d’en apprendre un peu plus sur ce pays qui de nos jours peut parfois faire peur. Superpuissance économique, communiste, réputée pour bien souvent négliger les droits de l’homme et l’environnement, se rapprochant dangereusement d’une Russie dirigée d’une main de fer… Le Dublin Chinese New Year Festival était donc l’occasion rêvée de s’éloigner de cette triste réalité et briser certains de ces clichés. Car la Chine ne se résume pas à ce que les médias nous en montrent, loin de là. C’est aussi un pays riche en culture, chargé d’histoire et où la tradition tient encore une place importante. C’est donc intrigués que nous nous rendions à la représentation que donnait Wu Wei dans la chapelle royale du Dublin Castle.

Wu Wei était jusque là pour moi inconnu au bataillon. Je m’étais brièvement renseigné sur les internets, histoire de savoir dans quoi je me lançais. J’appréhendais un peu le concert, un sentiment qui s’amplifia en poussant la porte de la chapelle. Quelques rangées de chaises, faisant face à une petite scène, nous accueillaient. La majorité de l’audience était chinoise, sans grande surprise, mais une poignée d’irlandais s’étaient tout de même décidés à pointer le bout de leur nez. Les lieux étaient assez impressionnants. Mais il y faisait bien froid… J’avais déjà visité le château à deux reprises, mais c’était la première fois que j’entrais dans la chapelle. De magnifiques vitraux, des moulures dans tous les sens… Tout était magnifiquement conservé.

Après une petite dizaine de minutes, Andreja Malir sortait d’une petite porte sur le côté de la scène. Après un petit speech d’introduction, elle se dirigea vers son instrument de prédilection, la harpe. Une magnifique harpe, toute dorée. J’ai toujours éprouvé une certaine fascination pour cet instrument. L’instrument des dieux après tout, et omniprésent dans la culture irlandaise. Andreja fait partie du RTÉ National Symphony Orchestra, l’orchestre officiel de la célèbre chaîne de télévision nationale. Le concert allait donc être placé sous le signe de l’échange culturel.

Petit mais… costaud !

Après plusieurs longues minutes d’un silence intenable, je me demandais où avait bien pu passer Wu Wei. Il faut dire qu’il est considéré comme étant le plus grand soliste d’harmonica chinois, il avait donc bien le droit de se faire désirer un peu… La porte par laquelle était sortie Andreja plus tôt s’ouvrit enfin. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’homme a un sacré goût vestimentaire. Un grand ensemble, d’un noir profond, sur lequel figuraient des motifs chinois dorés.

Sans plus attendre, il s’emparait de son harmonica et tous deux se lancèrent dans un premier duo. J’étais stupéfait. Comment ce petit homme pouvait avoir un tel souffle ! Il faut dire que l’instrument en lui-même est assez extraordinaire. Imaginez l’Empire State Building, avec trois touches sur le côté, et vous avez là le parfait harmonica chinois. Je m’imaginais alors le poids que ce dernier avoir. Il était, selon l’angle, parfois impossible de voir la tête de l’interprète.

Les morceaux s’enchaînèrent à un rythme déconcertant. Le mélange était détonnant. Aux mélodies chinoises et dépaysantes de l’harmonica venaient se mélanger des sonorités plus européennes, parfois proches de la musique classique comme nous la connaissons en France. Et le tout résonnait à merveille dans l’enceinte de la chapelle ! J’ai toujours adoré les concerts dans les églises. Ce qui peut paraître assez surprenant, vu la grande considération que j’ai pour les cultes en tout genre. Mais le cocktail était délicieux, la sauce avait prise. La dernière interprétation fut de loin ma préférée. On se serait cru sur un véritable champ de bataille, et je n’avais qu’une envie, celle de revêtir mon armure, sauter sur mon étalon et charger. J’avais d’ailleurs du mal à me tenir tranquille sur ma chaise, et me demandais sincèrement comment l’homme assis devant moi avait fait pour piquer du nez. Wu Wei était déchaîné, comme possédé. Il gesticulait dans tous les sens, une énergie débordante… Et ce souffle ! Cela faisait maintenant plus d’une heure qu’il jouait, sans interruption. Je l’enviais secrètement et aurais donné cher pour lui voler ses poumons !

Cette folle mélodie marquait malheureusement la fin de la représentation, et je m’attendais à pouvoir lui serrer la main, où lui adresser mes compliments. Que nenni ! Après une ou deux courbettes, les deux compères s’empressèrent de quitter la scène. C’était probablement la dernière fois que je le voyais, mais ne le remercierai jamais assez pour m’avoir découvrir son talent et ce merveilleux instrument.

Verdict

Wu Wei est fantastique. Si vous participez à un festival chinois et que vous avez l’occasion de l’entendre jouer, je vous le recommande vivement. Petit bémol toutefois, assistez à l’une de ses représentations en solo, ou accompagné d’un orchestre chinois. Le mélange harmonica-harpe sonnait parfois faux, trop européanisé à mon goût, et l’on aurait préféré le voir accompagné d’une chanteuse chinoise traditionnelle.

Illustrations : http://www.dublinchinesenewyear.com/

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