Un dîner presque parfait

Je me plais souvent à me définir comme un hippy des temps modernes. I’m a hippy, I just wanna be happy ! Telle est ma devise. Le monde du strass et des paillettes m’effraie, tout y est si artificiel, superficiel. Chose paradoxale, il est aussi intrigant et fascinant. Qui n’a jamais eu envie d’y goûter ne serait-ce le temps d’un instant. Et ce moment était venu pour moi. Je passais donc du statut de hippy des temps modernes à celui d’Indiana Jones des temps modernes. A ma manière.

16h55, je pliais bagage et quittais le bureau d’un pas pressé. La grisaille était au rendez-vous. Je me dirigeais vers l’angle de Capel Street où j’avais rendez-vous avec la dame. Le vent était glacial. « J’veux pas poireauter dans le froid ! », m’avait-elle lancé plus tôt dans la journée. Mon portable vibra deux fois, synonyme de message. Je sortais donc tant bien que mal mon Blackberry de ma poche. Mes doigts étaient gelés. C’était la dame justement. « Je vais être à la bourre, mon boss me lâche pas la grappe… ». Je venais donc de me transformer en poireau. Un bon quart d’heure plus tard, elle déboulait comme une furie au coin de la rue. Un petit sourire aux lèvres. Un sourire de gêne, mais aussi un peu moqueur. J’aime bien ce sourire. Une vraie fouine. La fine équipe réunie, il était maintenant grand temps d’aller se préparer et de partir à l’aventure.

Firecracker

Parés de nos plus beaux atours, nous arrivions sur les lieux du crime un peu avant 20 heures. Heure à laquelle j’avais réservé la table. Le FIRE est situé sur Dawson Street, juste à côté de la Mansion House, lieu de résidence du maire de Dublin. J’ouvrais la porte principale du bâtiment et priais la dame de bien vouloir se donner la peine d’entrer. Dans un lieu comme celui-ci, la galanterie est de mise. Elle refusait d’un signe de la tête : « Toi en premier ». Hippy, explorateur, poireau, et maintenant éclaireur… Un feu artificiel nous accueillait et donnait sur un petit corridor au bout duquel se trouvait une seconde porte. Un irlandais bien portant l’ouvrit et laissa passer 5 ou 6 de ses camarades. « C’mon go ahead, I’m the new butler! », me disait-il d’un ton jovial. Je m’avançais alors dans sa direction. Il me serra la main et je lui répondis en plaisantant qu’il était bon prince, mais qu’il n’aurait aucun pourboire de ma part. Il se mit à rire, j’ai souri et nous nous sommes salués comme de bons hommes civilisés.

Le restaurant se trouvait à l’étage, le rez-de-chaussée était un lounge. Deux hôtesses nous accueillirent. J’indiquai alors mon nom à l’une d’entre elles et lui demanda ce qu’il en était de ma réservation. Les deux divas étaient très polies. Un peu trop peut-être. Les sourires et les courbettes étaient bien là mais tout était surjoué. Première impression, rien ici n’est naturel. Une troisième hôtesse apparut et nous demanda de la suivre jusqu’à notre table. Après quelques escaliers, nous entrions dans la salle principale. Le lieu est assez insolite. Gigantesque. La structure métallique de l’édifice est encore apparente, et des piliers qui la soutiennent pendent de grands draps de soie, donnant un caractère impérial à l’atmosphère. Limite empirique. Dans le coin, à l’entrée des cuisines, se trouve un grand four à bois auquel s’activaient deux cuisiniers. Au centre de la salle se dressent trois immenses pics d’acier, rappelant vaguement le Spire. Les artifices de la haute société de Dublin se mêlent à la noblesse du monument… Les couleurs sont vives, agressives, et à la fois étrangement relaxantes. Du mobilier violet, une mosaïque dans le fond, des spots rouges un peu partout. C’est de la techno que l’on passe à ma grande surprise. On se serait presque cru dans un film pornographique des années 80.

A la carte ou le menu ?

La fringale m’avait gagné et je n’avais qu’une envie, parcourir la carte et découvrir ce que le chef avait à me proposer. Deux options s’offraient à moi : à la carte ou le menu. J’avoue que j’ai longtemps hésité, tout avait vraiment l’air bon et appétissant.

La carte permet une multitude de combinaisons, dont le grill. C’est la première chose qui me sauta aux yeux. De la barbaque en veux-tu en voilà. Et même si le cuistot le rate, un steak à 65 euros, ça ne peut être que bon.

Le menu est quant à lui une valeur sûre. Pour 50 euros, je vous garantis que vous mangerez à votre faim et que dans tous les cas vous y trouverez votre bonheur. Un peu confus par l’ambiance et ne sachant pas trop à quoi m’attendre, c’est l’option que je choisis. Sans aucun regret. C’est une entrée en matière idéale, qui vous poussera probablement tout comme moi à y retourner pour tester quelque chose de plus audacieux, et cher.

M’étant décidé et la dame aussi, notre serveur attitré pour la soirée fit son apparition. Le moment de passer commande était enfin venu ! J’optais pour la Silver Hill Confit Duck Salad, suivie d’un 10oz Irish Hereford Prime Fillet Steak, pour enfin terminer sur un Dark Chocolate Pave. Aucun risque ici, safety net on. La salade répondit à mes attentes. Légère mais pas trop. Très « tasty ». Un petit monticule de mesclun arrosé d’une vinaigrette de framboise, entrecoupé de tranches de mangue et de graines de grenade, le tout accompagné d’un magret de canard. Nous avions commandé une bouteille de Santa Christina Chianti Superiore pour arroser le tout. La conversation se faisant, on retirait nos assiettes. Quelque chose nous interpella alors. Les règles de la table veulent que l’on utilise les couverts de l’extérieur vers l’intérieur. Mais ils étaient inversés dans le cas présent. Un détail certes, mais les détails sont toujours importants.

Le plat de résistance arrivait enfin. « Careful, the plate is hot ». J’avais demandé une viande à point. Vous remarquerez qu’en Irlande le degré de cuisson importe généralement peu. Le résultat est bien souvent le même. Mais pas dans ce cas précis. La viande était aguichante, la tour de Jenga de pommes de terre d’une insolente perfection. Un petit bol de salade printanière et une sauce au poivre étaient aussi de la partie. L’ambiance avait quelque peu changé. Le tout ressemblait à un immense brouhaha ponctué par les allées et venues des serveurs, qui se clonaient à un rythme ahurissant. Armés de leurs talkies-walkies, ils ne cessaient de traverser la salle en long et en large. Certains d’entre eux, la tête haute, plus calmes, devaient être les chefs d’orchestre. Une véritable usine.

Le dessert fut en revanche une déception. Le fameux Dark Chocolate Pave s’est en fait avéré être une sorte de mousse au chocolat à mi-chemin entre une glace et une bûche de Noël. Appréciable, mais pas vraiment ce à quoi je m’attendais. J’aurais volontiers préféré une bonne dose de chocolat bien chaud et fondant. Les tables commençaient peu à peu à se vider. Quelques irréductibles répondaient cependant encore à l’appel. Mais tout était plus détendu, le rush était passé et les douze coups de minuit n’allaient pas tarder à sonner. Un dernier Armagnac pour faire passer la douloureuse et le temps était venu pour nous de rentrer au bercail. Fini le strass et les paillettes, les bras de Morphée nous attendaient.

Verdict

L’endroit est particulier. Très posh. Je dois avouer que bien que « déguisé », je me suis parfois senti un peu mal à l’aise, pas à ma place. Mais cela vaut le détour, à voir au moins une fois. N’y allez clairement pas pour le service, mais en bonne compagnie. Et la viande est tout simplement délicieuse. Nous avons pris la carte VIP. Ca ne coûte rien, et 10% sur l’addition et du Prosecco, ça ne se refuse tout simplement pas. Une seconde expédition s’impose, mais cette fois je m’aventurerai dans l’enfer du grill ! Le rendez-vous est pris !

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Liens utiles :

http://www.mansionhouse.ie/fire-restaurant/the-experience
http://www.lepetitjournal.com/dublin
Les astuces d’un expat à Dublin (parce que le gras c’est bien aussi des fois)
http://www.alliance-francaise.ie/

Les Français à Dublin (groupe Facebook)
Francais Expatriés à Dublin (groupe Facebook)
Le Groupe des Français à Dublin (groupe Facebook)

Illustrations :

http://www.dublintown.ie
http://www.mansionhouse.ie
http://www.thediningroom.ie

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Un commentaire pour Un dîner presque parfait

  1. Voici donc ce qui se cache derrière cet étrange endroit… Nous sommes passés devant, lors d’une balade avec ma copine. Il fait très « posh » dès l’entrée! Un peu « restaurant chic de bord de mère pour petite vedette ». Peut-être n’est-ce pas la description exacte finale mais c’était ma première pensée…

    Y jeter un oeil par curiosité semble de vigueur! Peut-être seulement pour un petite verre de blanc cependant!

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