A Sugary Sunday

Le rendez-vous était fixé à 19h30. Les sorties le dimanche soir se font assez rares maintenant. Et sont bien souvent synonymes de lundi difficile. La trentaine a ses avantages… et ses défauts. Mais bon, on parlait là de violon et je n’avais pas vu mon loup préféré depuis quelque temps. C’était de plus le grand soir des présentations. Il me tardait de rencontrer sa louve, dont j’avais tellement entendu parler récemment. Je me devais donc de faire une exception.

La nuit était tombée. Et elle était fraîche, très fraîche. Seuls deux ou trois cygnes téméraires pataugeaient encore dans le Grand Canal. Les autres, alignés dans l’herbe, avaient déjà rejoint les bras de Morphée. J’aime beaucoup ce canal, il me rappelle un peu la maison… Les soirs d’été, on peut voir de petits groupes d’hipsters s’y retrouver à la fermeture des pubs branchés de Camden Street. Ils y restent jusqu’au petit matin, jouant de la guitare, s’adonnant à la boisson et autres paradis artificiels.

Arrivé à l’écluse d’Eustace Bridge, je tournais à gauche et quittais le canal pour remonter Leeson Street. La rue était pour ainsi dire déserte et je pouvais voir au loin les arbres du Saint Stephen’s Green. Le Sugar Club s’y trouvait. Un vent glacial s’engouffrait dans l’avenue. Trois jeunes m’interpellèrent à mi-chemin. « Sorry, d’you know where is the Howl at the Moon? ». Des espagnols. Leur accent les avait trahis. Je m’apprêtais à leur répondre quand mon regard se posa sur l’une des jeunes filles. Sa peau était d’une blancheur immaculée. Ses lèvres d’un rouge vif. Mi-ange, mi-démon. J’étais confus, troublé. Ce qu’elle ne manqua pas de remarquer, me lançant un petit sourire accompagné d’un regard joueur. Evil… Mais une forte bourrasque me ramena vite à la raison. Et j’étais déjà un peu en retard. Je leur demandais donc de bien vouloir m’excuser tout en leur souhaitant bonne chance dans leur quête.

J’arrivais enfin à destination. Une petite file d’attente s’était déjà formée. J’étais le premier sur place et me plaçais bien sagement en bout de queue. L’audience de ce soir semblait être très éclectique : des adolescents accompagnés de leurs parents, des couples avoisinant la trentaine, d’autres plus vieux appartenant à une catégorie visiblement moins populaire, quelques geeks… C’est aussi pourquoi le violon est l’un de mes instruments préférés, il a le fantastique pouvoir de rassembler, il est fédérateur. Surtout lorsqu’il est placé entre les mains de Taylor Davis. Amateurs de musique classique, nerds de la première heure, tout le monde peut y trouver son compte.

Un petit quart d’heure plus tard, mon loup, sa compagne et une amie à elle faisaient leur apparition. Après quelques gesticulations de ma part, ils se décidèrent enfin à me rejoindre. Personne ne broncha. Les présentations faites, il était temps de briser la glace et de faire connaissance. Je l’avais déjà rencontrée lors de soirées de type alcoolisé. C’est elle qui débuta les hostilités en lançant une ou deux vannes bien grasses dont nous loups sommes plus que friands. Il ne m’en fallait pas plus, elle avait déjà ma bénédiction. Ce qui était de plus de très bon augure pour le reste de la soirée. Les portes tardaient cependant à s’ouvrir et le froid se faisait de plus en plus ressentir.

20 heures. Les portes ouvraient. Pas trop tôt… Après une petite mésaventure de ticket, nous entrions tant bien que mal dans la salle. Je la découvrais pour la toute première fois. Ni trop grande, ni trop petite. Le genre de salle où l’on se sent comme à la maison. Elle aussi recevait très rapidement ma bénédiction. Une scène de taille moyenne mais suffisamment décente, de larges gradins agrémentés de douillettes banquettes et de petites tables éclairées à la simple lueur de bougies… Le tout avait des airs de cabaret. Nous nous empressâmes de prendre place, et pas n’importe quelles places. Tout en haut, juste devant le bar. Nous étions idéalement placés pour voir la scène et la boisson était à portée de main. Mais attention, il s’agissait là d’une sortie dominicale, loin de nous l’idée de se rendre ivres, même si la louve n’était apparemment pas contre quelques godets. C’est d’ailleurs elle qui commanda les rafraîchissements. Un « Lightouse », cuvée australienne de Shiraz. De quoi se rendre les pommettes pulpeuses.

Tout comme l’ouverture des portes, Taylor commençait à se faire attendre. Cela ne gâchait pas pour autant l’ambiance et les gens semblaient prendre un malin plaisir à converser. C’est alors que l’un des membres du staff fit son entrée, vérifiant que tout était bien en place pour le show. Comme au théâtre, les lumières de la scène s’allumèrent brièvement, annonçant le début imminent de la représentation. Quelques minutes plus tard, Taylor faisait enfin son entrée sous les applaudissements du public, accompagnée de sa pianiste. J’avais vaguement entendu parler d’elle auparavant mais ne savais pas réellement trop à quoi m’attendre.

Un savant mélange de musique classique et de thèmes issus de l’univers du jeu vidéo. Je comprenais alors pourquoi j’avais vu tant d’accrocs du joystick patienter dans la file d’attente. La diva, c’en est une désormais à mes yeux, se mit à jouer les mélodies des chansons qui ont bercé mon enfance, n’oubliant pas de judicieusement placer deux ou trois compositions personnelles. A certains moments, cela me faisait même penser au concert symphonique auquel j’avais assisté quelques mois plus tôt au Convention Center. Zelda, Skyrim, Naruto, Games of Thrones… Mon univers s’offrait à moi, divinement interprété par ce que j’appellerais sans aucune gêne une déesse des temps modernes. C’est qu’on avait là affaire à un sacré petit bout de femme. Et je comprenais alors pourquoi elle rencontrait un tel succès sur YouTube. Ce qui me mit un instant la puce à l’oreille. Et si cela n’était qu’une mascarade, une simple opération marketing. Il faut avouer que le package pouvait en séduire plus d’un. N’importe quel geek introverti se jèterait sur ses vidéos les yeux fermés. Mais il n’en était rien. La dame savait de quoi elle parlait. Elle révélait même lors de ses interventions quelques anecdotes irréfutables. J’étais conquis, mon cœur battait la chamade, comme sur un air de Carioca. André Rieu n’avait qu’à bien se tenir, et Eugène, mon violon, n’aurait su lui résister bien longtemps. Ce qui me valut même un cri de joie lors de sa reprise du thème du désert Gerudo d’Ocarina of Times, faisant rire une partie des membres du public.

Après un peu plus d’une heure, le concert touchait malheureusement à sa fin. Mais la fête n’en était pas terminée pour autant. L’artiste est très généreuse et très proche de ses fans. Séance de dédicaces, photos, hugs… Elle est restée présente jusqu’à ce que le dernier poilu quitte les lieux. Les produits dérivés se sont vendus comme des petits pains, naturellement, et dans un esprit bon enfant. Tout est bien huilé et fait son effet, mais n’est pas spécialement calculé. Une chose est sûre, la dame sait y faire.

Verdict :

Si vous êtes fan de jeux vidéo et de violon, vous vous devez de découvrir Taylor Davis. Tout le monde peut y trouver son bonheur. Le RAGE aurait largement dû sponsoriser cet événement ou y contribuer. La violoniste est fantastique, maîtrise son instrument à la perfection et sait gérer son audience.

Le Sugar Club est quant à lui un endroit exceptionnel. A mi-chemin entre cabaret et salle de concert, il est difficile de ne pas tomber sous le charme. Il propose de plus des événements très variés : concerts, films, spectacles etc. Un must see in Dublin.

Liens utiles :

http://www.taylordavisviolin.com/

http://www.thesugarclub.com/

Liens utiles pour les expatriés à Dublin :

http://www.lepetitjournal.com/dublin

http://www.alliance-francaise.ie/

https://www.facebook.com/groups/120399368110434

https://www.facebook.com/groups/dublinexpat/

https://www.facebook.com/groups/1597363287202079/

Illustrations :

http://www.taylordavisviolin.com

http://www.thesugarclub.com/

www.airbnb.com

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