The Wise Wound

Quand on pense à Dublin un samedi soir, on pense bien souvent au Temple Bar, à la Guinness qui coule à flots et, pour certaines âmes égarées, au Coppers. J’ai moi-même eu ma période de perdition. Et il est vrai qu’il est assez aisé de se laisser tenter tant la ville est chaleureuse et conviviale. On y prend vite goût. Cela en devient même rapidement dangereux. Tout d’abord pour votre foie, mais aussi et surtout pour votre pauvre carte bancaire qui n’avait encore rien demandé quelques heures auparavant. De plus, faire le Spider-Cochon au Mezz pour s’en faire virer, c’est bien quand on a 20 piges, mais à la trentaine passée… Ah sobriété quand tu nous tiens !

J’ai toujours cultivé une certaine amitié avec la bouteille comme on dit. C’est une amie festive, facile, et qui ne vous prend jamais la tête. Sauf lors des lendemains difficiles peut-être… Dublin n’a fait que nous rapprocher. Malheureusement pour elle, les amitiés vont bon train ici, et seuls quelques loups sont parvenus à résister à ce raz-de-marée incessant de nouvelles rencontres. Des rencontres qui sont autant de raisons de vous faire engrainer dans une soirée vous donnant le droit à un formidable call dick* en plein semaine. C’est pourquoi j’essaie désormais de me tenir à l’écart de toute cette agitation.

Finis donc les samedis soirs de débauche et de luxure. La culture est dorénavant de mise ! Et rien de mieux pour cela qu’une petite soirée au Smock Alley Theatre. L’occasion de plus d’enfin revoir mon amoureuse sur les planches, mais aussi de découvrir la salle principale de ce qui est très certainement devenu mon théâtre préféré à Dublin. Il n’est certes en rien comparable au Gaiety Theatre, mais c’est peut-être ce qui en fait tout le charme. Les places sont toujours à un prix plus qu’abordable, le lieu assez insolite et le spectacle rarement décevant. A l’exception peut-être de ce malheureux Spandex Blues

Peu importe ! Ce soir c’est à la grande dernière de The Wise Wound que nous assistons. Aucun droit à l’erreur donc, les dialogues doivent être maîtrisés à la perfection et le jeu irréprochable. Je ne m’en inquiète pas vraiment pour être honnête. Avec Clodagh dans le rôle principal et aux commandes, tout échec est inconcevable.

19h20, les portes ouvrent enfin. A l’entrée du foyer se tiennent deux hôtesses. Elles distribuent des gobelets en plastique. Tout contenant en verre est formellement interdit. En pleine sober spree, cela ne me dérange pas réellement et je pénètre docilement dans le petit couloir menant au Main Space. Une première. Je suis en général un habitué de la Boys School. La salle est bien plus grande et, bien que moins atypique et envoûtante que sa petite sœur, elle est bien plus confortable et offre davantage de places assises. Un amphithéâtre de bois entoure la scène. Les longues banquettes sont recouvertes de coussins de cuir douillets. Nous prenons place vers le centre, sur la rangée du haut. Cela sera notre mirador pour environ 1h30 de représentation.

Sur la scène, une jeune femme au teint livide est assise dans un fauteuil roulant. Elle porte une sorte de pyjama blanc à rayures bleues. Son col est taché de sang. Elle semble assoupie et ne bouge pas d’un poil. L’une des hôtesses fait son apparition pour faire les annonces de sécurité habituelles. En vain… Beth et sa toux grasse ne cessent de l’interrompre, ne manquant pas de lâcher au passage quelques bons gros glaviots sanglants. Le ton est donné. On ne fera pas dans la dentelle ce soir. Et tant mieux !

La pièce s’ouvre sur une chanson. Ce qui m’effraie un peu. Je n’ai jamais été très fan des comédies musicales. Un peu comme dans un Walt Disney, Le Roi Lion mis à part, on s’en passerait bien. Pourvu que l’on n’ait pas ici affaire à une sorte de Grease revisité… La musique est à ma grande surprise cependant punchy et très catchy. Je la fredonnerai même sur tout le chemin du retour. Quelques visages me sont familiers. Clodagh bien évidemment, mais aussi l’une des chanteuses. Je suis persuadé de l’avoir déjà vue quelque part, probablement lors d’un concert. Et sa voix, bien plus portante que les autres, ne fait que confirmer cette impression de déjà-vu. Ou entendu pour l’occasion. Le nombre d’acteurs m’interpelle alors. Je crois n’avoir jamais assisté à une représentation avec autant de protagonistes. De quoi faite pâlir Slipknot.

La trame de l’histoire est aussi simple qu’efficace. Meg March doit se marier à John Brooke, un célèbre politicien local. Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes. Jusqu’à ce que Jo, sa sœur, apprenne la nouvelle. Interprétée par notre chère Clodagh, Jo est une activiste aux idées assez carrées. Son armée de féministes en est la preuve irréfutable. Arborant le brassard des SS de la seconde guerre mondiale, elles lui obéissent toutes au doigt et à l’œil. A la fin de chacune de leurs répliques, elles ne manquent pas de lever le poing avant de lancer un “MEN ARE DISGUSTING” à tue-tête. Ce bon vieux Adolf en jubilerait…

Jo a donc décidé de jouer les trouble-fêtes. Mais elle sait qu’elle n’arrivera pas à ses fins seule. Elle peut bien évidemment compter sur ses fidèles sous-fifres, mais ce n’est pas suffisant. Elle a besoin d’un allié au sein de la famille, d’une taupe. Beth décédant à petit feu, elle se tourne vers Amy, la plus jeune des quatre sœurs. Bien qu’étant la cadette, Amy est loin d’être un enfant de chœur, bien au contraire. Elle se révélera être une pièce maîtresse du complot de Jo, pièce dont elle perdra le contrôle, aux dépends de cette pauvre Beth.

L’intrigue se développe progressivement, Jo tentant bien que mal de mener la danse. Sur un éclair de génie, elle se décide à se rendre au pub du coin pour confondre ce brave John Brooke. Camouflée sous sa fausse moustache, elle lance les hostilités. S’enchaînent alors des dialogues interposés. D’un côté de la scène se trouvent les trois sœurs, argumentant sur les bien-fondés de cette union improvisée. De l’autre, Jo essaie de persuader le prétendant de se désister. Le jeu de lumière contribue largement à l’immersion du public. Dans un long moment de pénombre, Clodagh s’agenouille, impassible. Et je suis contre toute attente son point de chute. Elle ne cesse de me fixer de son regard et je comprends alors pourquoi son charme avait fait effet lorsque je l’avais vu jouer pour la toute première fois. Il faut dire qu’il s’agit d’un sacré petit bout de femme, et son jeu est à mes yeux exempt de tout défaut. Un avis probablement subjectif me direz-vous.

Après moult quiproquos et quelques gros fous rires, la représentation arrive lentement à son apogée. Un final assez inattendu, pour le moins que l’on puisse dire. Amy est devenue ingérable. Une seule solution s’impose à ses yeux. Tuer sa sœur. Une véritable partie de Cluedo commence alors, avec pour seule victime Beth, qui n’avait au final rien demandé à personne. Une pince-monseigneur plantée dans le crâne, un mélange détonant de produits chimiques, un peu de dynamite bien placée… Tout aura été mis en œuvre pour mettre fin à ces noces. Sans grande réussite. Malgré toutes ces entourloupes, Meg est toujours bien déterminée à marier sa moitié.

Dans un élan artistique assez abstrait, nous avons droit à une séquence digne d’un bon David Lynch. Un final de toute bôôôté. Jo débarque en fanfare au milieu de la troupe dans un costume à forme phallique prononcée et tente de ramener Beth à la vie dans une sorte de rituel vaudou. Rituel bien évidemment voué à l’échec. Dans un premier temps… Jouant sur un comique de répétition, le rituel reprend de plus belle, et, miracle, Beth ressuscite d’entre les morts ! Vous le comprendrez aisément, cette histoire n’a au final ni queue ni tête. Dans une certaine euphorie, les artistes se lancent dans une dernière danse surréaliste. Quand soudain c’est le drame… Jo se réveille enfin et se rend compte qu’elle vit depuis bien longtemps dans une étrange réalité, une réalité formatée. Pour la première fois, elle expérimente de nouvelles sensations. Elle se sent comme irrésistiblement attirée par l’inconnu. Au final, l’amour, ce n’est ni tout blanc, ni tout noir. C’est un peu comme un jardin. Il faut le cultiver, en prendre soin, sans quoi il dépérit…

 

*Le call dick est une expression issue de ma florissante imagination. Expression dont j’ai d’ailleurs déposé le brevet. Lorsque vous vous sentez mal et que vous ne pouvez pas vous rendre au travail, vous appelez votre boss pour lui annoncer l’heureuse nouvelle et faites donc un call sick. En revanche, si vous n’êtes pas malade mais que vous l’appelez tout de même pour lui faire croire et ainsi rester au chaud sous la couette, vous faites un call dick. Subtil et délicat, digne de La Stratégie de l’Echec.

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Midnight Call

*** Chapitre 1 ***

Cela faisait maintenant presque deux heures qu’il n’avait pas bougé. Il était là, vautré dans son fauteuil, au milieu de son salon. Norbert, son chat, avait planté la tente sur ses genoux. Il se laissait docilement faire, en toute allégresse, lâchant de temps à autre un petit ronronnement poussif. Tous deux savouraient ces instants privilégiés au coin de la cheminée. Des moments rares, comme ils auraient aimé en avoir plus souvent. La pluie s’abattait lentement sur les fenêtres, lui rappelant à quel point la peine était silencieuse. Il le savait, le moment allait enfin venir…

Josua en était là. Sans trop savoir où il en était vraiment en même temps. Il se remémorait les moments passés. Précieux. Parfois douloureux. Son verre de whisky à la main, il prenait quelques notes. Peut-être serviraient-elles un jour à quelqu’un. Allez savoir. Mais le temps pressait, les minutes défilaient. Dans le foyer les flammes s’agitaient, dansaient, telles des ballerines en pleine apogée. Le whisky faisait sans doute son effet. Peu importe, il avait enfin un moment de répit, de délivrance. C’était la seule chose qui comptait.

La porte s’entrouvrait discrètement. C’était Babette, sa servante, qui venait perturber son intimité. Une tasse de thé ? Ou un café monsieur ? lui demandait-elle d’une voix hésitante, limite tremblante. Elle connaissait déjà la réponse. Elle voulait simplement s’assurer que tout allait bien, ou pas trop mal. Il lui lança un regard noir et cinglant en guise de réponse. Elle n’en demanda pas plus et se retira sans broncher. C’était la dernière fois qu’ils se parleraient. Elle avait remarqué à quel point il avait changé depuis qu’il avait appris la nouvelle. Elle n’aimait pas le voir ainsi. D’ordinaire joyeux, bon vivant et bien entouré, il s’était transformé en une personne aigrie, grincheuse et solitaire. Elle ne le reconnaissait plus. L’évitait même.

Le salon avait repris ses allures de sale d’attente morbide. Il y régnait un froid glacial. Le feu commençait lentement à perdre de son intensité. Josua se leva pour y jeter une ou deux bûches, délogeant sa fidèle boule de poil de son petit nid douillet. Le feu se mit à crépiter et, après un court instant, éclaira à nouveau la pièce de toute sa splendeur. Norbert avait quant à lui disparu, sans doute écœuré par l’odeur d’alcool qui commençait à fortement imbiber les lieux. Une odeur qui lui était pourtant devenue familière ces derniers temps.

Josua regagnait péniblement sa place en titubant légèrement. Il savait que cela n’arrangerait en rien la situation, au contraire, que cela l’aggraverait sûrement. Mais il n’en avait que faire. Le mal était fait de toute façon, toute marche arrière était impossible. Il s’y était résigné. A côté de son fauteuil se trouvait une commode. Il en ouvrit le tiroir du haut et se saisit de sa boîte à tabac. Cette petite boîte lui était chère. Ils l’avaient fabriquée tous les deux, lorsqu’elle faisait encore partie de sa vie. Ses mains tremblaient. C’était devenu une habitude. Il parvint tout de même tant bien que mal à remplir sa pipe, gratta une allumette et emplit ses poumons de quelques grosses bouffées.

L’ivresse l’avait définitivement gagné et il se sentait comme inspiré. Les paradis artificiels avaient sur lui cet effet. Dans un coin de la pièce au pied son immense bibliothèque, Eugène, son violon, attendait patiemment de sortir de l’obscurité. Josua aimait nommer ses instruments. Il n’en connaissait pas réellement la raison, mais il cultivait avec chacun d’entre eux une certaine amitié. Ils le réconfortaient, l’adoucissaient. Il se servit un dernier verre, son dernier, posa sa pipe et invita son vieil ami à le rejoindre. Il avait toujours eu pour lui une certaine fascination. Il le plaça délicatement sur son épaule et déposa l’archet sur ses cordes usées. Mais il était déjà trop tard. Les douze coups de minuit sonnaient et la faucheuse venait de passer. Eugène se fracassa sur le sol. Intrigué, Norbert s’en approcha, puis comprit. Il venait lui aussi de perdre son meilleur ami.

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A Sugary Sunday

Le rendez-vous était fixé à 19h30. Les sorties le dimanche soir se font assez rares maintenant. Et sont bien souvent synonymes de lundi difficile. La trentaine a ses avantages… et ses défauts. Mais bon, on parlait là de violon et je n’avais pas vu mon loup préféré depuis quelque temps. C’était de plus le grand soir des présentations. Il me tardait de rencontrer sa louve, dont j’avais tellement entendu parler récemment. Je me devais donc de faire une exception.

La nuit était tombée. Et elle était fraîche, très fraîche. Seuls deux ou trois cygnes téméraires pataugeaient encore dans le Grand Canal. Les autres, alignés dans l’herbe, avaient déjà rejoint les bras de Morphée. J’aime beaucoup ce canal, il me rappelle un peu la maison… Les soirs d’été, on peut voir de petits groupes d’hipsters s’y retrouver à la fermeture des pubs branchés de Camden Street. Ils y restent jusqu’au petit matin, jouant de la guitare, s’adonnant à la boisson et autres paradis artificiels.

Arrivé à l’écluse d’Eustace Bridge, je tournais à gauche et quittais le canal pour remonter Leeson Street. La rue était pour ainsi dire déserte et je pouvais voir au loin les arbres du Saint Stephen’s Green. Le Sugar Club s’y trouvait. Un vent glacial s’engouffrait dans l’avenue. Trois jeunes m’interpellèrent à mi-chemin. « Sorry, d’you know where is the Howl at the Moon? ». Des espagnols. Leur accent les avait trahis. Je m’apprêtais à leur répondre quand mon regard se posa sur l’une des jeunes filles. Sa peau était d’une blancheur immaculée. Ses lèvres d’un rouge vif. Mi-ange, mi-démon. J’étais confus, troublé. Ce qu’elle ne manqua pas de remarquer, me lançant un petit sourire accompagné d’un regard joueur. Evil… Mais une forte bourrasque me ramena vite à la raison. Et j’étais déjà un peu en retard. Je leur demandais donc de bien vouloir m’excuser tout en leur souhaitant bonne chance dans leur quête.

J’arrivais enfin à destination. Une petite file d’attente s’était déjà formée. J’étais le premier sur place et me plaçais bien sagement en bout de queue. L’audience de ce soir semblait être très éclectique : des adolescents accompagnés de leurs parents, des couples avoisinant la trentaine, d’autres plus vieux appartenant à une catégorie visiblement moins populaire, quelques geeks… C’est aussi pourquoi le violon est l’un de mes instruments préférés, il a le fantastique pouvoir de rassembler, il est fédérateur. Surtout lorsqu’il est placé entre les mains de Taylor Davis. Amateurs de musique classique, nerds de la première heure, tout le monde peut y trouver son compte.

Un petit quart d’heure plus tard, mon loup, sa compagne et une amie à elle faisaient leur apparition. Après quelques gesticulations de ma part, ils se décidèrent enfin à me rejoindre. Personne ne broncha. Les présentations faites, il était temps de briser la glace et de faire connaissance. Je l’avais déjà rencontrée lors de soirées de type alcoolisé. C’est elle qui débuta les hostilités en lançant une ou deux vannes bien grasses dont nous loups sommes plus que friands. Il ne m’en fallait pas plus, elle avait déjà ma bénédiction. Ce qui était de plus de très bon augure pour le reste de la soirée. Les portes tardaient cependant à s’ouvrir et le froid se faisait de plus en plus ressentir.

20 heures. Les portes ouvraient. Pas trop tôt… Après une petite mésaventure de ticket, nous entrions tant bien que mal dans la salle. Je la découvrais pour la toute première fois. Ni trop grande, ni trop petite. Le genre de salle où l’on se sent comme à la maison. Elle aussi recevait très rapidement ma bénédiction. Une scène de taille moyenne mais suffisamment décente, de larges gradins agrémentés de douillettes banquettes et de petites tables éclairées à la simple lueur de bougies… Le tout avait des airs de cabaret. Nous nous empressâmes de prendre place, et pas n’importe quelles places. Tout en haut, juste devant le bar. Nous étions idéalement placés pour voir la scène et la boisson était à portée de main. Mais attention, il s’agissait là d’une sortie dominicale, loin de nous l’idée de se rendre ivres, même si la louve n’était apparemment pas contre quelques godets. C’est d’ailleurs elle qui commanda les rafraîchissements. Un « Lightouse », cuvée australienne de Shiraz. De quoi se rendre les pommettes pulpeuses.

Tout comme l’ouverture des portes, Taylor commençait à se faire attendre. Cela ne gâchait pas pour autant l’ambiance et les gens semblaient prendre un malin plaisir à converser. C’est alors que l’un des membres du staff fit son entrée, vérifiant que tout était bien en place pour le show. Comme au théâtre, les lumières de la scène s’allumèrent brièvement, annonçant le début imminent de la représentation. Quelques minutes plus tard, Taylor faisait enfin son entrée sous les applaudissements du public, accompagnée de sa pianiste. J’avais vaguement entendu parler d’elle auparavant mais ne savais pas réellement trop à quoi m’attendre.

Un savant mélange de musique classique et de thèmes issus de l’univers du jeu vidéo. Je comprenais alors pourquoi j’avais vu tant d’accrocs du joystick patienter dans la file d’attente. La diva, c’en est une désormais à mes yeux, se mit à jouer les mélodies des chansons qui ont bercé mon enfance, n’oubliant pas de judicieusement placer deux ou trois compositions personnelles. A certains moments, cela me faisait même penser au concert symphonique auquel j’avais assisté quelques mois plus tôt au Convention Center. Zelda, Skyrim, Naruto, Games of Thrones… Mon univers s’offrait à moi, divinement interprété par ce que j’appellerais sans aucune gêne une déesse des temps modernes. C’est qu’on avait là affaire à un sacré petit bout de femme. Et je comprenais alors pourquoi elle rencontrait un tel succès sur YouTube. Ce qui me mit un instant la puce à l’oreille. Et si cela n’était qu’une mascarade, une simple opération marketing. Il faut avouer que le package pouvait en séduire plus d’un. N’importe quel geek introverti se jèterait sur ses vidéos les yeux fermés. Mais il n’en était rien. La dame savait de quoi elle parlait. Elle révélait même lors de ses interventions quelques anecdotes irréfutables. J’étais conquis, mon cœur battait la chamade, comme sur un air de Carioca. André Rieu n’avait qu’à bien se tenir, et Eugène, mon violon, n’aurait su lui résister bien longtemps. Ce qui me valut même un cri de joie lors de sa reprise du thème du désert Gerudo d’Ocarina of Times, faisant rire une partie des membres du public.

Après un peu plus d’une heure, le concert touchait malheureusement à sa fin. Mais la fête n’en était pas terminée pour autant. L’artiste est très généreuse et très proche de ses fans. Séance de dédicaces, photos, hugs… Elle est restée présente jusqu’à ce que le dernier poilu quitte les lieux. Les produits dérivés se sont vendus comme des petits pains, naturellement, et dans un esprit bon enfant. Tout est bien huilé et fait son effet, mais n’est pas spécialement calculé. Une chose est sûre, la dame sait y faire.

Verdict :

Si vous êtes fan de jeux vidéo et de violon, vous vous devez de découvrir Taylor Davis. Tout le monde peut y trouver son bonheur. Le RAGE aurait largement dû sponsoriser cet événement ou y contribuer. La violoniste est fantastique, maîtrise son instrument à la perfection et sait gérer son audience.

Le Sugar Club est quant à lui un endroit exceptionnel. A mi-chemin entre cabaret et salle de concert, il est difficile de ne pas tomber sous le charme. Il propose de plus des événements très variés : concerts, films, spectacles etc. Un must see in Dublin.

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Un dîner presque parfait

Je me plais souvent à me définir comme un hippy des temps modernes. I’m a hippy, I just wanna be happy ! Telle est ma devise. Le monde du strass et des paillettes m’effraie, tout y est si artificiel, superficiel. Chose paradoxale, il est aussi intrigant et fascinant. Qui n’a jamais eu envie d’y goûter ne serait-ce le temps d’un instant. Et ce moment était venu pour moi. Je passais donc du statut de hippy des temps modernes à celui d’Indiana Jones des temps modernes. A ma manière.

16h55, je pliais bagage et quittais le bureau d’un pas pressé. La grisaille était au rendez-vous. Je me dirigeais vers l’angle de Capel Street où j’avais rendez-vous avec la dame. Le vent était glacial. « J’veux pas poireauter dans le froid ! », m’avait-elle lancé plus tôt dans la journée. Mon portable vibra deux fois, synonyme de message. Je sortais donc tant bien que mal mon Blackberry de ma poche. Mes doigts étaient gelés. C’était la dame justement. « Je vais être à la bourre, mon boss me lâche pas la grappe… ». Je venais donc de me transformer en poireau. Un bon quart d’heure plus tard, elle déboulait comme une furie au coin de la rue. Un petit sourire aux lèvres. Un sourire de gêne, mais aussi un peu moqueur. J’aime bien ce sourire. Une vraie fouine. La fine équipe réunie, il était maintenant grand temps d’aller se préparer et de partir à l’aventure.

Firecracker

Parés de nos plus beaux atours, nous arrivions sur les lieux du crime un peu avant 20 heures. Heure à laquelle j’avais réservé la table. Le FIRE est situé sur Dawson Street, juste à côté de la Mansion House, lieu de résidence du maire de Dublin. J’ouvrais la porte principale du bâtiment et priais la dame de bien vouloir se donner la peine d’entrer. Dans un lieu comme celui-ci, la galanterie est de mise. Elle refusait d’un signe de la tête : « Toi en premier ». Hippy, explorateur, poireau, et maintenant éclaireur… Un feu artificiel nous accueillait et donnait sur un petit corridor au bout duquel se trouvait une seconde porte. Un irlandais bien portant l’ouvrit et laissa passer 5 ou 6 de ses camarades. « C’mon go ahead, I’m the new butler! », me disait-il d’un ton jovial. Je m’avançais alors dans sa direction. Il me serra la main et je lui répondis en plaisantant qu’il était bon prince, mais qu’il n’aurait aucun pourboire de ma part. Il se mit à rire, j’ai souri et nous nous sommes salués comme de bons hommes civilisés.

Le restaurant se trouvait à l’étage, le rez-de-chaussée était un lounge. Deux hôtesses nous accueillirent. J’indiquai alors mon nom à l’une d’entre elles et lui demanda ce qu’il en était de ma réservation. Les deux divas étaient très polies. Un peu trop peut-être. Les sourires et les courbettes étaient bien là mais tout était surjoué. Première impression, rien ici n’est naturel. Une troisième hôtesse apparut et nous demanda de la suivre jusqu’à notre table. Après quelques escaliers, nous entrions dans la salle principale. Le lieu est assez insolite. Gigantesque. La structure métallique de l’édifice est encore apparente, et des piliers qui la soutiennent pendent de grands draps de soie, donnant un caractère impérial à l’atmosphère. Limite empirique. Dans le coin, à l’entrée des cuisines, se trouve un grand four à bois auquel s’activaient deux cuisiniers. Au centre de la salle se dressent trois immenses pics d’acier, rappelant vaguement le Spire. Les artifices de la haute société de Dublin se mêlent à la noblesse du monument… Les couleurs sont vives, agressives, et à la fois étrangement relaxantes. Du mobilier violet, une mosaïque dans le fond, des spots rouges un peu partout. C’est de la techno que l’on passe à ma grande surprise. On se serait presque cru dans un film pornographique des années 80.

A la carte ou le menu ?

La fringale m’avait gagné et je n’avais qu’une envie, parcourir la carte et découvrir ce que le chef avait à me proposer. Deux options s’offraient à moi : à la carte ou le menu. J’avoue que j’ai longtemps hésité, tout avait vraiment l’air bon et appétissant.

La carte permet une multitude de combinaisons, dont le grill. C’est la première chose qui me sauta aux yeux. De la barbaque en veux-tu en voilà. Et même si le cuistot le rate, un steak à 65 euros, ça ne peut être que bon.

Le menu est quant à lui une valeur sûre. Pour 50 euros, je vous garantis que vous mangerez à votre faim et que dans tous les cas vous y trouverez votre bonheur. Un peu confus par l’ambiance et ne sachant pas trop à quoi m’attendre, c’est l’option que je choisis. Sans aucun regret. C’est une entrée en matière idéale, qui vous poussera probablement tout comme moi à y retourner pour tester quelque chose de plus audacieux, et cher.

M’étant décidé et la dame aussi, notre serveur attitré pour la soirée fit son apparition. Le moment de passer commande était enfin venu ! J’optais pour la Silver Hill Confit Duck Salad, suivie d’un 10oz Irish Hereford Prime Fillet Steak, pour enfin terminer sur un Dark Chocolate Pave. Aucun risque ici, safety net on. La salade répondit à mes attentes. Légère mais pas trop. Très « tasty ». Un petit monticule de mesclun arrosé d’une vinaigrette de framboise, entrecoupé de tranches de mangue et de graines de grenade, le tout accompagné d’un magret de canard. Nous avions commandé une bouteille de Santa Christina Chianti Superiore pour arroser le tout. La conversation se faisant, on retirait nos assiettes. Quelque chose nous interpella alors. Les règles de la table veulent que l’on utilise les couverts de l’extérieur vers l’intérieur. Mais ils étaient inversés dans le cas présent. Un détail certes, mais les détails sont toujours importants.

Le plat de résistance arrivait enfin. « Careful, the plate is hot ». J’avais demandé une viande à point. Vous remarquerez qu’en Irlande le degré de cuisson importe généralement peu. Le résultat est bien souvent le même. Mais pas dans ce cas précis. La viande était aguichante, la tour de Jenga de pommes de terre d’une insolente perfection. Un petit bol de salade printanière et une sauce au poivre étaient aussi de la partie. L’ambiance avait quelque peu changé. Le tout ressemblait à un immense brouhaha ponctué par les allées et venues des serveurs, qui se clonaient à un rythme ahurissant. Armés de leurs talkies-walkies, ils ne cessaient de traverser la salle en long et en large. Certains d’entre eux, la tête haute, plus calmes, devaient être les chefs d’orchestre. Une véritable usine.

Le dessert fut en revanche une déception. Le fameux Dark Chocolate Pave s’est en fait avéré être une sorte de mousse au chocolat à mi-chemin entre une glace et une bûche de Noël. Appréciable, mais pas vraiment ce à quoi je m’attendais. J’aurais volontiers préféré une bonne dose de chocolat bien chaud et fondant. Les tables commençaient peu à peu à se vider. Quelques irréductibles répondaient cependant encore à l’appel. Mais tout était plus détendu, le rush était passé et les douze coups de minuit n’allaient pas tarder à sonner. Un dernier Armagnac pour faire passer la douloureuse et le temps était venu pour nous de rentrer au bercail. Fini le strass et les paillettes, les bras de Morphée nous attendaient.

Verdict

L’endroit est particulier. Très posh. Je dois avouer que bien que « déguisé », je me suis parfois senti un peu mal à l’aise, pas à ma place. Mais cela vaut le détour, à voir au moins une fois. N’y allez clairement pas pour le service, mais en bonne compagnie. Et la viande est tout simplement délicieuse. Nous avons pris la carte VIP. Ca ne coûte rien, et 10% sur l’addition et du Prosecco, ça ne se refuse tout simplement pas. Une seconde expédition s’impose, mais cette fois je m’aventurerai dans l’enfer du grill ! Le rendez-vous est pris !

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Liens utiles :

http://www.mansionhouse.ie/fire-restaurant/the-experience
http://www.lepetitjournal.com/dublin
Les astuces d’un expat à Dublin (parce que le gras c’est bien aussi des fois)
http://www.alliance-francaise.ie/

Les Français à Dublin (groupe Facebook)
Francais Expatriés à Dublin (groupe Facebook)
Le Groupe des Français à Dublin (groupe Facebook)

Illustrations :

http://www.dublintown.ie
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Douce France…

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Douce France, cher pays de mon enfance, bercée de tendre insouciance, je t’ai gardée dans mon cœur !

Charles le chantait si bien. Mais l’insouciance a laissé place à l’intolérance, et surtout à l’ignorance. Ah la France… Qu’en dire. Je n’y vis pas, ou plus. Une histoire d’amour mitigée, perverse, comme celle d’un chat et d’un chien. Je n’ai jamais vraiment aimé les chats de toute façon. Donc oui, sur le papier, je suis français. Mais au risque d’en choquer certains, mon cœur ne l’est plus vraiment. Une trahison à la nation ? Je ne pense pas. Je dirais plutôt que la France s’est trahie elle-même.

Le changement c’est maintenant !

Mais de quel changement parle-t-on ? Pour tout vous dire, je ne vote pas. Je n’ai en fait jamais voté de ma vie. Scaaandale ! Ou pas… Beaucoup de personnes me le reprochent lorsque le sujet « politique » est abordé : « Tu votes pas, tu peux pas parler de ça ». Belle idée de la démocratie. Et c’est à ce moment précis que je cite souvent Finkielkraut : Mais taisez-vous! Taiseeez-vous! Quelle répartie, c’est qu’il a du répondant le bougre ! Je pense sincèrement que c’est bien parce que je ne vote pas que je peux en parler. En toute objectivité.

La France a changé. Non pas depuis les attentats. Bien avant ça. Comment expliquer que le pays supposé des droits de l’Homme, avec un grand H, voit un parti d’extrême droite se proclamer premier parti de France et arriver au second tour de la plupart des élections majeures ? Je ne suis pas là pour promouvoir tel ou tel parti, ou diaboliser d’autres. Je ne suis ni de gauche, ni de droite. Je ne fais qu’un simple constat. Les Lumières et Voltaire s’en ouvriraient les veines. S’ils le pouvaient encore. Je n’irai pas jusqu’à reprendre Fils de France de Saez, mais pas loin.

Etre expatrié n’est pas chose aisée. Vivre à l’étranger demande beaucoup de concessions. Loin de la famille, des amis, de ce qui a fait de vous ce que vous êtes. Mais cela apporte une certaine lucidité, vous permet d’adopter un regard différent sur ce qui se passe « chez vous ». Attention, je ne prétends en aucun cas être le père Fouras et avoir réponse à toutes les grandes énigmes de l’humanité. Mais bordel, France, réveille-toi !

 

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Vous aussi êtes expatrié à Dublin, ou songez à vous y installer ? Ces liens vous aideront et répondront peut-être à certaines de vos questions !

http://le-chemin-du-butterfly.fr/2016/01
https://www.facebook.com/groups/1597363287202079/
http://www.lepetitjournal.com/dublin
http://www.alliance-francaise.ie/

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Wu Wei, lorsque la Chine s’invite au Dublin Castle

WuWeiWebsite

Nouvel an chinois oblige, nous nous devions d’en apprendre un peu plus sur ce pays qui de nos jours peut parfois faire peur. Superpuissance économique, communiste, réputée pour bien souvent négliger les droits de l’homme et l’environnement, se rapprochant dangereusement d’une Russie dirigée d’une main de fer… Le Dublin Chinese New Year Festival était donc l’occasion rêvée de s’éloigner de cette triste réalité et briser certains de ces clichés. Car la Chine ne se résume pas à ce que les médias nous en montrent, loin de là. C’est aussi un pays riche en culture, chargé d’histoire et où la tradition tient encore une place importante. C’est donc intrigués que nous nous rendions à la représentation que donnait Wu Wei dans la chapelle royale du Dublin Castle.

Wu Wei était jusque là pour moi inconnu au bataillon. Je m’étais brièvement renseigné sur les internets, histoire de savoir dans quoi je me lançais. J’appréhendais un peu le concert, un sentiment qui s’amplifia en poussant la porte de la chapelle. Quelques rangées de chaises, faisant face à une petite scène, nous accueillaient. La majorité de l’audience était chinoise, sans grande surprise, mais une poignée d’irlandais s’étaient tout de même décidés à pointer le bout de leur nez. Les lieux étaient assez impressionnants. Mais il y faisait bien froid… J’avais déjà visité le château à deux reprises, mais c’était la première fois que j’entrais dans la chapelle. De magnifiques vitraux, des moulures dans tous les sens… Tout était magnifiquement conservé.

Après une petite dizaine de minutes, Andreja Malir sortait d’une petite porte sur le côté de la scène. Après un petit speech d’introduction, elle se dirigea vers son instrument de prédilection, la harpe. Une magnifique harpe, toute dorée. J’ai toujours éprouvé une certaine fascination pour cet instrument. L’instrument des dieux après tout, et omniprésent dans la culture irlandaise. Andreja fait partie du RTÉ National Symphony Orchestra, l’orchestre officiel de la célèbre chaîne de télévision nationale. Le concert allait donc être placé sous le signe de l’échange culturel.

Petit mais… costaud !

Après plusieurs longues minutes d’un silence intenable, je me demandais où avait bien pu passer Wu Wei. Il faut dire qu’il est considéré comme étant le plus grand soliste d’harmonica chinois, il avait donc bien le droit de se faire désirer un peu… La porte par laquelle était sortie Andreja plus tôt s’ouvrit enfin. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’homme a un sacré goût vestimentaire. Un grand ensemble, d’un noir profond, sur lequel figuraient des motifs chinois dorés.

Sans plus attendre, il s’emparait de son harmonica et tous deux se lancèrent dans un premier duo. J’étais stupéfait. Comment ce petit homme pouvait avoir un tel souffle ! Il faut dire que l’instrument en lui-même est assez extraordinaire. Imaginez l’Empire State Building, avec trois touches sur le côté, et vous avez là le parfait harmonica chinois. Je m’imaginais alors le poids que ce dernier avoir. Il était, selon l’angle, parfois impossible de voir la tête de l’interprète.

Les morceaux s’enchaînèrent à un rythme déconcertant. Le mélange était détonnant. Aux mélodies chinoises et dépaysantes de l’harmonica venaient se mélanger des sonorités plus européennes, parfois proches de la musique classique comme nous la connaissons en France. Et le tout résonnait à merveille dans l’enceinte de la chapelle ! J’ai toujours adoré les concerts dans les églises. Ce qui peut paraître assez surprenant, vu la grande considération que j’ai pour les cultes en tout genre. Mais le cocktail était délicieux, la sauce avait prise. La dernière interprétation fut de loin ma préférée. On se serait cru sur un véritable champ de bataille, et je n’avais qu’une envie, celle de revêtir mon armure, sauter sur mon étalon et charger. J’avais d’ailleurs du mal à me tenir tranquille sur ma chaise, et me demandais sincèrement comment l’homme assis devant moi avait fait pour piquer du nez. Wu Wei était déchaîné, comme possédé. Il gesticulait dans tous les sens, une énergie débordante… Et ce souffle ! Cela faisait maintenant plus d’une heure qu’il jouait, sans interruption. Je l’enviais secrètement et aurais donné cher pour lui voler ses poumons !

Cette folle mélodie marquait malheureusement la fin de la représentation, et je m’attendais à pouvoir lui serrer la main, où lui adresser mes compliments. Que nenni ! Après une ou deux courbettes, les deux compères s’empressèrent de quitter la scène. C’était probablement la dernière fois que je le voyais, mais ne le remercierai jamais assez pour m’avoir découvrir son talent et ce merveilleux instrument.

Verdict

Wu Wei est fantastique. Si vous participez à un festival chinois et que vous avez l’occasion de l’entendre jouer, je vous le recommande vivement. Petit bémol toutefois, assistez à l’une de ses représentations en solo, ou accompagné d’un orchestre chinois. Le mélange harmonica-harpe sonnait parfois faux, trop européanisé à mon goût, et l’on aurait préféré le voir accompagné d’une chanteuse chinoise traditionnelle.

Illustrations : http://www.dublinchinesenewyear.com/

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You’d be a fool not to see Foals!

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Back to hell…

Ah… L’Arena… O2… Three… On s’y perdrait. Je n’ai jamais vraiment été un grand fan de cette salle. Trop grande, peu intimiste, et surtout sans âme. Beaucoup de concerts se sont révélés y être de grandes déceptions. The Black Keys, Thirty Seconds To Mars, c’est même là que mon divorce avec Ben a été prononcé. Vous comprendrez donc qu’y retouner n’était pas forcément chose évidente pour moi. Surtout pour un groupe que je ne connaissais pas la veille. Mais c’est le spectacle qui compte après tout ! « The Show Must Go On » comme dirait Freddie! Surtout avec mon loup préféré ! And what a show !

Nous nous étions donné rendez-vous au Lagoona pour une pinte ou deux, juste histoire de se mettre en condition. Comme à notre habitude le débat fut d’un niveau très élevé. Il faut dire qu’avec les temps qui courent, dire un peu de merde ne fait pas de mal. Il paraîtrait même que c’est bon pour le moral. Et good God, on en a dit du caca !

19h30, il était enfin temps de se rendre sur les lieux du crime. Nous arrivions en plein milieu de la première partie. Everything Everything. La salle était déjà bien bondée. Mais le public très calme, comme à son habitude en Irlande. Les Irish vont à un concert comme à une représentation de théâtre. Cela ne nous a pas particulièrement affectés, nous étions assis dans les gradins. Et au final je trouve que pour deux loups solitaires nous avons un peu mis le feu, à notre manière.

Le chanteur ressemblait à un gourou (j’éviterai toute référence à un prêtre violeur d’enfants par respect pour mon pays d’adoption). Vêtu d’une grande toge blanche, il se trémoussait dans tous les sens, comme possédé. Ce qui nous a d’ailleurs valu quelques bons fous rires. Mais le son était bon, spécialement pour une première partie. Idéal pour se mettre en appétit avant le plat principal.

… or heaven, who knows!

Une recharge au bar, un petit pipi et un rototo plus tard nous attaquions enfin le vif du sujet. Et le sujet était vif, c’est le moins que l’on puisse dire. Les deux premières chansons ont littéralement envoyé du pâââââté (oui, on aime l’accent circonflexe par chez nous, il impose un certain style). Et à en juger par la réaction de la foule dans la fosse, nombreux étaient les joueurs de FIFA. Les serviettes se sont mises à tourner, comme dirait notre bon vieux Patrick. Ah… Brive-la-Gaillarde et ses charmes…

La mise en scène était tout simplement somptueuse. Les couleurs d’un éclat à couper le souffle. Une invasion extraterrestre sous le commandement d’Adolf n’aurait pas fait mieux. Un régal. Pour tout vous avouer, j’assistais là à mon meilleur concert à l’Arena. Ne connaissant pas le groupe, j’avais « YouTubé » quelques chansons pour savoir de quoi ça s’agit, pour reprendre Gad. Et non, je n’aime pas ma banque. Les rythmes, tonalités et le chant m’avaient clairement fait penser à Two Door Cinema Club. Groupe qui avait d’ailleurs fait son apparition dans plusieurs de leurs playlists. Et ce concert n’a fait que confirmer cette impression. Une vraie bombe d’adrénaline. En rentrant, j’étais une vrai pile sur pattes et n’avais qu’une envie, danser jusqu’au bout de la nuit. Et je ne suis pourtant qu’un piètre danseur…

Verdict

Si vous ne connaissez pas Foals et êtes amateur de son punchy, qui vous met le sourire jusqu’aux oreilles, vous ne perdrez rien à les découvrir. Leur performance live surpasse ce que vous pourrez écouter sur YouTube et Spotify. Un véritable must see. Une perle rafraîchissante, peppy. A mi-chemin entre Phoenix et Two Door Cinema Club, le jeu en vaut la chandelle, particulièrement si votre mood a besoin d’un petit coup de pied au cul.

Tournée 2016 : http://www.foals.co.uk/live.htm?loc=

 

Illsutrations : Le loup

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Du Spandex, du Blues, Spandex Blues !

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Comme une envie de reviens-y

J’ai assisté à ma première représentation au Smock Alley Theatre au mois de décembre. Il s’agissait d’une pièce intitulée le Cirque des Rêves, une production Sickle Moon. Une histoire de cirque fantôme vous plongeant dans un univers à la Tim Burton. Et, bien loin de l’extravagance du Gaiety Theatre et de ses chandeliers, je m’étais surpris à tomber sous le charme de cette pièce sans grande prétention. L’interprétation était parfaite, l’ambiance enivrante, et j’étais sidéré par la proximité des acteurs. Bien qu’assis au second rang, il m’aurait suffi de tendre les bras pour pouvoir les toucher (ou presque). Ce qui ne m’aurait pas spécialement dérangé pour tout avouer étant donné le charmant minois de Clodagh Mooney Duggan, l’actrice principale.

Ce n’est que quelques jours plus tard, en allant voir le dernier Star Wars, que l’évidence me sautait aux yeux. Pourquoi payer presque 20 euros pour un film qui au final est assez médiocre (au risque de froisser les fans) alors que pour moitié prix je pouvais être transporté à des années lumières de tout ce marketing nauséabond. Bref, c’était pour moi la révélation de cette fin d’année ! Et c’est donc sans retenue que je me jetais sur les prochains billets qui s’offraient à moi : Spandex Blues.

Une réalité bien loin du papier

Sur le papier, Spandex Blues semblait tout avoir pour procurer une bonne soirée de fous rires. La pièce était présentée sur le site comme hilarante, pleine d’action et un message avertissait même du vocabulaire vulgaire souvent employé. Le thème laissait lui aussi présager quelques dérapages dont je suis particulièrement friand : une super-héros, un peu knacker sur les bords et complètement déjantée (pour les personnes ne résidant pas à Dublin, un knacker est un SDF junkie, espèce peuplant surtout la rive Nord de la Liffey).

Son entrée en scène fut assez convaincante en ce sens. Elle descendit les escaliers en colimaçon d’un pas déterminé, un peu comme un enfant le ferait en boudant. Ses deux couettes et ses gestes lui donnaient d’ailleurs un air enfantin mais loin d’être innocent. Un peu la tête à claques de la classe. Les dix premières minutes furent tout simplement jouissives. Une vulgarité hors du commun, des blagues « sales », une imagination débordante. On était vraiment en plein dedans comme dirait l’autre et je salivais déjà de la tournure qu’allaient prendre les choses. Quand soudain, ce fut le drame…

Suite à ces dix minutes de crampes dans les joues et le ventre s’en suivirent de longues autres, beaucoup moins drôles, voire ennuyantes, avec de longs speechs sur l’amour, la mort, le rejet… Un sermon sans fin suite à la mort d’une petite fillette, souvent redondant. Quelques soupirs et bâillements se sont même faits entendre dans l’audience. L’actrice elle-même en a perdu à plusieurs reprises le fil, bafouillant, mais se reprenant toutefois dans la fraction de seconde suivante. C’est à ce moment précis que je me suis rendu compte de la complexité de monter sur scène. Elle ne pouvait pas ne pas avoir remarqué l’ennui de certains membres du public et s’efforçait pourtant de se relever. S’il y a bien une personne que je n’enviais pas à ce moment, c’était bien elle. Et rien que pour ça, j’accorde un grand respect à ce petit bout de femme pour qui ces 3 représentations ont dû être un véritable calvaire.

Verdict

Si vous êtes d’humeur dépressive, n’allez surtout pas voir la pièce. Cet ascenseur émotionnel ne vous donnera qu’une envie, vous tirer une balle. Si vous êtes à la recherche de divertissement, allez-y, mais armé d’une fiole de Jameson. Une fois les 10 premières minutes passées, buvez-la cul sec et piquez un petit roupillon. La pièce ne dure qu’à peine 1h10. Dans un autre contexte, j’aurais crié au scandale, mais dans le cas présent, il s’agit d’un véritable don du ciel.

 

Illustrations : http://smockalley.com/

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The Revenant (Le Revenant)

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Into the wild

Des étendues à perte de vue, une faune hostile, des paysages à couper le souffle… Il ne fait aucun doute que The Revenant (Le Revenant) s’adresse plus particulièrement aux amoureux de la nature et du genre « survival ». Alejandro González Iñárritu y dépeint une Amérique profondément sauvage au travers des mésaventures du trappeur Hugh Glass. Le rendu est impressionnant. Les plans sont somptueux et s’enchaînent. Des plans qui vous feront vite oublier le manque cruel parfois de dialogues et certaines longueurs : un lever de soleil sur les montagnes du Dakota du Nord, une forêt dense de gigantesques sapins en pleine tempête, un lac immense gelé au crépuscule… La pureté des environnements est un véritable plaisir pour les yeux et les plus sensibles se surprendront probablement à verser une larme ou deux. Un sentiment de pureté renforcé par le blanc de l’hiver, omniprésent tout au long du film. Un blanc divin qui tranche nettement avec les dangers qui peuplent cet univers.

Léonardo Di Caprio, un Liam Neeson ++ ?

L’univers dans lequel évolue le personnage principal est sans merci. Une attaque d’ours des plus virulentes, la perte d’un enfant, la faim, le froid, une chute à cheval vertigineuse du haut d’une falaise… Cheval dans lequel il passera la nuit après l’avoir éviscéré! On pourrait parfois même en venir à douter de la véracité de ce récit basé sur des faits réels. Léonardo Di Caprio n’a ici rien à envier à Liam Neeson dans The Grey. Ames sensibles s’abstenir, le manteau immaculé de l’hiver prend à de nombreuses reprises une couleur pourpre et les scènes « visuelles » sont assez fréquentes.

Verdict

Sans pour autant révolutionner le genre établi par ses prédécesseurs, The Revenant parvient tout de même à tirer son épingle du jeu, notamment par la beauté des paysages proposés. L’absence de longs dialogues et l’enchaînement des scènes en milieu sauvage vous plongeront rapidement dans un monde de solitude. Une solitude que l’on se surprendra à trouver à la fois jouissive et oppressive. Si ce que vous recherchez est de l’adrénaline, de l’action et des rebondissements, il vous faudra frapper à une autre porte. The Revenant est d’une savoureuse simplicité, d’une pureté perverse, et vous fera redécouvrir vos instincts les plus primitifs. Man versus wild!

 

Illustrations : http://flixfry.com

 

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